Ils tentent de sauver l’artisanat tunisien

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L’artisanat tunisien est en crise et souffre de nombreux problèmes. Comme partout ailleurs, la population a tendance à acheter des produits manufacturés à bas prix plutôt que des produits issus de l’artisanat local. Ainsi, un jeune couple préfèrera un tapis « made in China », moins cher qu’un tapis issus de l’artisanat tunisien. Jusqu’à présent, le secteur se maintenait notamment grâce au tourisme. Or aujourd’hui, le tourisme est en crise et les souks sont envahis de faux produits fabriqués en Chine. Les artisans s’orientent ainsi de plus en plus vers d’autres métiers, mettant le secteur en péril.

Pourtant, l’artisanat est un secteur clé de l’économie tunisienne. Les artisans sont estimés à environ 350 000 personnes et l’artisanat a également des répercutions indirectes sur des secteurs comme le commerce, le tourisme, et même l’industrie et l’agriculture qui fournissent certaines matières premières. Au delà du côté économique, il s’agit de tout un pan de la culture du pays qui est en danger. Ainsi, des collectifs, associations et ONG s’élèvent pour tenter de redonner une deuxième jeunesse et redynamiser le secteur, parfois avec succès.

Autonomiser les artisans

Au niveau national, l’Office National de l’artisanat tunisien (ONAT) œuvre pour la sauvegarde et le développement du secteur de l’artisanat en Tunisie en le promouvant et en développant des structures régionales qui assistent les artisans sur le plan technique et administratif. Il existe également des structures comme le Centre d’Innovation du Tapis et de Tissage (CITT) qui vise à encourager et développer les créations du secteur.

Plusieurs structures ont également été fondées afin de permettre aux artisans d’accéder à une certaine autonomie. A ce titre, les Potières de Sejnane se sont regroupées au sein d’un Groupement d’intérêt économique éponyme en partenariat avec l’Ambassade de Finlande. Les objectifs du groupement sont de leur fournir des aides à la promotion et à la commercialisation de leurs produits, ainsi que des conseils de gestion.

© Les Potières de Sejnane

Dans le même esprit, l’ONG Aatik, fondée par deux jeunes femmes, travaille avec les tisserandes de tapis de la ville d’El Aroussa (Siliana) dans le nord-ouest de la Tunisie. Aatik encourage ainsi les artisanes à créer leur propre structure coopérative et à éviter les intermédiaires. L’ONG forme ces femmes à l’entreprenariat, au marketing et aux stratégies de commercialisation de leurs produits.

L’ONG CAWTAR travaille également avec les artisanes de la ville du Kef afin de renforcer leurs capacité et autonomie, notamment pour les tapis et bijoux. Des aides financières leur sont fournies pour l’achat de matériel ou de matières premières, mais surtout des sessions de formation leur sont dispensées autour du leadership, du financement, du marketing et du design. Des créatrices professionnelles et des designers interviennent pour l’amélioration de leurs produits sur le plan esthétique et qualitatif.

Création des artisanes du Kef – © Souleima Majeldi

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a également effectué un travail remarquable pour la promotion de l’artisanat tunisien. Il a par exemple élaboré un plan à mettre en œuvre pour l’amélioration du secteur du tissage du tapis de Gafsa et a contribué au dynamisme socio-économique de la région. Le plan a été suivi par l’ONAT et le CITT et a constitué en la formation d’artisanes, la création de structures et de circuits touristiques, ainsi que l’encouragement à la création.

L’artisanat tunisien à la mode

Cependant, tous ces efforts seraient vains s’il n’y avait pas d’acheteurs. Ainsi, le collectif Be Tounsi est né d’un simple groupe facebook lancé en avril 2016 intitulé « Cet été je m’habille tunisien »; l’objectif : consommer tunisien. Très rapidement le groupe a connu un engouement certain et un succès considérable, donnant envie à la population tunisienne de s’habiller local. Chaque jour, les membres du groupe postaient leurs dernières trouvailles « tendance », mettant l’eau à la bouche aux autres membres. Aujourd’hui, le collectif est également passé du virtuel au réel et organise des expositions pour les artisans.

Les membres du collectif Be Tounsi en tenues issues de l’artisanat tunisien – © Collectif Be Tounsi

De son côté, Sajada œuvre à la promotion de l’artisanat tunisien en France en commercialisant des tapis, foutas et bijoux. Nous espérons pouvoir apporter notre pierre à l’édifice.

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