L’habit traditionnel des femmes tunisiennes

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Dans cet article, nous vous présentons des illustrations de femmes tunisiennes en habit traditionnel datant de la fin du XIXe siècle. Il existe très peu de photographies ou d’illustrations de femmes tunisiennes dans leur vie de tous les jours qui datent de cette époque. La plupart des photographies que l’on trouve mettent en scène des femmes très dénudées, ce qui n’est absolument pas représentatif de la société tunisienne de l’époque.

Il n’était en effet pas possible pour un homme d’apercevoir une femme tunisienne dans un autre contexte qu’à l’extérieur, où elles étaient pour la plupart complètement couvertes. Il nous a donc semblé intéressant de partager ces aquarelles réalisées par Charles Lallemand, tirées de deux de ses ouvrages datant de 1892. L’auteur n’a jamais pu entrer dans une maison tunisienne pour y observer le costume que les femmes portaient lorsqu’elles étaient chez elles. S’il a pu réaliser de telles illustrations, c’est avec l’aide de la description des femmes européennes qui ont pu pénétrer dans ces demeures.

Tunis et ses environs

Sur ces illustrations nous voyons des femmes musulmanes de Tunis dans leurs demeures vêtues de leurs habits d’intérieur, ainsi qu’une jeune fille devant le puits du Bardo. Il semblerait que sur l’illustration de gauche, ce soient des femmes vêtues de leur habit quotidien.

Charles Lallemand, Tunis et ses environs, 1992.
Femmes musulmanes de Tunis dans leurs demeures, et jeune fille devant le puits du Bardo – Charles Lallemand, Tunis et ses environs, 1892.

Lorsque ces mêmes femmes reçoivent des invitées, voici la description que les dames occidentales en font à l’auteur :

Le costume est étrange. La coiffure d’abord surprend. C’est un petit cône pointu, noir ou brun, brodé d’or, qui rappelle quelque peu la coiffure légendaire d’Isabeau de Bavière. Ce bonnet pointu est retenu autour de la tête par un ruban noir qui cache les cheveux, dont une petite bande seulement apparaît sur l’un des cotés du front. Ce ruban, à son tour, est à peu près caché par une pièce d’étoffe rayée, blanche ou de couleur vive, qui retombe sur le dos comme un petit manteau. C’est le haïk. Le haïk est retenu par un foulard qui est noué autour de la tête dont les bouts retombent, flottants, par derrière.

Une large blouse en soie, d’un rouge éclatant, habille cette belle personne… jusqu’aux hanches, pas davantage. De là jusqu’aux chevilles, c’est un pantalon collant. Ce pantalon phénoménal, que les Tunisiennes portent aussi bien chez elles que dans la rue (je parle ici des juives, qui, seules, vont à découvert), est un objet d’étonnement pour les Européens et un objet de luxe, de grand luxe même, pour les indigènes. Il en est dont les broderies d’or et d’argent coûtent plusieurs milliers de francs. Il en est d’autres dont les broderies multicolores sont de véritables chefs-d’œuvre d’art.

Une riche ceinture apparaît sous la blouse; et de dessous cette ceinture s’échappent des cordons qui se terminent par d’énormes glands en passementerie précieuse, où l’or est mêlé à la soie. Ce sont les extrémités du cordon passé dans les coulisses du susdit pantalon.

Charles Lallemand explique alors qu’il avait vu des femmes juives se promener avec cet accoutrement extraordinaire dans les rues de Tunis, et qu’il ne fut donc pas surpris d’apprendre que le costume des femmes musulmanes était à peu près identique à celui des juives.

Charles Lallemand, Tunis et ses environs, 1992.
Femmes et fillette juives de Tunis – Charles Lallemand, Tunis et ses environs, 1892.

Si la coiffe conique est célèbre pour avoir été portée par les femmes juives tunisiennes, elle était en fait également portée par les femmes musulmanes. Le vêtement était en réalité le même à peu de choses près, à la différence qu’à l’extérieur, les femmes musulmanes revêtaient par dessus une large pièce d’étoffe blanche couvrant tout leur corps, nommée le sefseri.

Femmes tunisiennes en sefsari - Charles Lallemand, Tunis et ses environs, 1992.
Femmes tunisiennes en sefsari – Charles Lallemand, Tunis et ses environs, 1892.

On observe sur ces illustrations que certaines femmes portent la qoufiya (coiffe pointue) sous leur sefseri. La qoufiya est restée à la mode jusqu’au tout début du XXe siècle puis a disparu. Aujourd’hui, le sefsari est encore porté par des femmes âgées.

Le costume des femmes nomades était tout à fait différent. Voici une illustration du costume des femmes nomades des environs de Tunis.

Femme nomade arabe du nord de la Tunisie - Charles Lallemand, Tunis et ses environs, 1992.
Femme nomade arabe du nord de la Tunisie – Charles Lallemand, Tunis et ses environs, 1892.

Sousse

L’auteur explique que pour les musulmanes, le premier changement se produit à Sousse, puisque ce n’est plus un sefsari blanc comme à Tunis mais une grande étoffe noire que portent les femmes. Déjà à Nabeul, les femmes parcourent la ville drapées dans des espèces de couvertures brunes.

Il explique également qu’un autre type de vêtement est porté :

Dans tout le Sahel, celles-ci commencent à porter des sortes de blouses en laine, à petites manches, taillées en forme de sac, et nouées à la ceinture. Ce vêtement a cela de particulier qu’il est, dans toute sa hauteur, partagé en deux couleurs, généralement sombres : bleu foncé et noir, bleu foncé et marron, brun et noir.

Femme et fillette musulmanes de Sousse - Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.
Femme et fillette musulmanes de Sousse – Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.

Les femmes musulmanes de Sousse portaient toujours une coiffe conique, mais ici entourée d’un fichu rouge ou jaune. Selon l’auteur, les femmes juives de Sousse et de Sfax portaient le même costume qu’à Tunis.

Sfax

Ce n’est que vers le sud, à Sfax, que l’on voit la robe de la femme se composer de deux couleurs voyantes :

Semblables aux pages du moyen âge pour la coupe et la disposition des couleurs, elles sont rouges d’un coté et bleues de l’autre, ou rouges et vertes, ou rouges et jaunes. Le petit cône de la coiffure a disparu; il est remplacé par un mouchoir qui enveloppe la chevelure, et rehaussé de bijoux. Est-ce à dire qu’on ne rencontre plus ni gandouras, ni turbans blancs ou brodés de soie vieil or ? Bien au contraire, il y en a encore beaucoup, car la bourgeoisie est généralement, ainsi qu’à Tunis et à Sousse, de race maure.

Femmes et fillette de Sfax - Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.
Femmes et fillette de Sfax – Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.

 Sud de la Tunisie

On remarque qu’à Gabès le costume change et n’est plus bicolore à la verticale mais composé de plusieurs pièces d’étoffes de couleurs à dominante bleu et rouge. On retrouvera ces deux couleurs chez l’ensemble des femmes du sud tunisien. Les femmes portaient une large robe serrée d’une ceinture à la taille, ainsi qu’une pièce d’étoffe suspendue à la tête. On observe également de gros anneaux aux oreilles.

Gabès

Femmes de Gabès en habit traditionnel  - Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.
Femmes de Gabès en habit traditionnel – Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.

Région de Zarzis

Le costume des femmes des Accaras, tribu installée dans la région de Zarzis, est très similaire :

Femme des Accaras - Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.
Femme des Accaras – Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.

Nomades du sud

Chez les nomades du sud, on retrouve également les couleurs rouge et bleu.

Femme nomades - Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.
Femme nomades – Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.

Djerba

Djerba étant une île, les costumes y sont très différents de ceux du sud tunisien. L’habit y est beaucoup plus coloré, orné de rayures multicolores : bleu, rouge, jaune, orange… On observe également de gros bijoux suspendus à la tête.

Femmes de Djerba en habit traditionnel - Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.
Femmes de Djerba en habit traditionnel – Charles Lallemand, La Tunisie, pays de protectorat français, 1892.

*   *   *

Ces illustrations nous ont apporté une idée très précise des costumes de l’époque. Aujourd’hui, ces costumes ne sont presque plus portés. Comme partout ailleurs, la plupart des vêtements trouvés sur le marché tunisien sont fabriqués en Chine. Le sefseri blanc est toujours porté par des femmes âgées, surtout dans les villages et y compris dans le sud de la Tunisie.

 

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3 thoughts on “L’habit traditionnel des femmes tunisiennes

  1. Autant sur les styles présentés je suis totalement d’accord, car même actuellement quand on va en campagne on trouve encore des mamies habillées comme cela. Autant sur une des images le mot « négresse » est utilisé, je trouve cela insultant pour la communauté noire, c’est déplorable.

    1. En effet, mais il faut aussi nous replacer dans le contexte dans lequel l’auteur utilise le mot « négresse » pour décrire ses aquarelles, soit 1892. A l’époque ce mot n’avait pas encore de connotation péjorative et était purement descriptif. Certes ce mot a pris une connotation très péjorative avec le temps et est aujourd’hui insultant.

      1. D’accord, je ne savais pas qu’à l’époque cela n’était pas péjoratif. Il est fort probable qu’avec l’histoire du peuple noir ce mot a justement eu différentes résonances selon les époques. Pour en revenir au style, je le trouve effectivement surprenant et coloré. Cela me rappelle ma grand-mère quand elle ôtait son voile elle y passait plus de 5 minutes tellement le nombre de couches de vêtements était important !

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