L’artisanat du tapis tunisien s’éteint à petit feu

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Il y a de ça à peine deux ou trois générations, toutes les jeunes filles des villages de Tunisie apprenaient un métier qui leur permettrait, une fois mariées, d’avoir un petit revenu tout en étant à la maison. Elles pouvaient par exemple apprendre la couture, la broderie, ou la fabrication de tapis qui s’enseignait généralement par la mère.

artisane tapis tunisie
Jeune fille du village de Toujane apprenant le métier – © Sajada

Le tapis traditionnel tissé à la main a longtemps été le secteur principal de l’artisanat tunisien. Aujourd’hui, plusieurs facteurs viennent mettre en péril cet artisanat ancré dans les traditions tunisiennes.

Le tapis industriel est la cause principale du déclin du tapis artisanal. La mondialisation a envahi les marchés et mis à disposition des Tunisiens des tapis qui proviennent principalement de Chine et sont moins chers, à la portée de tous et avec un grand choix d’ornements.

Les jeunes filles tunisiennes font également plus d’études qu’auparavant et se dirigent vers d’autres métiers. Ajoutons à cela qu’un pays en pleine mutation comme la Tunisie ne se rend pas compte de la valeur de son héritage, ce qui fait que ce métier qui était auparavant bien considéré, n’a plus le vent en poupe. Les jeunes filles qui n’ont pas fait d’études laissent peu à peu tomber ce métier pour aller travailler dans des usines où les rémunérations sont plus importantes. Ce phénomène s’est encore accéléré après la « révolution » tunisienne car les usines ont élevé leurs salaires suite aux pressions sociales.

Les fabricantes se font donc de plus en plus rares et l’artisanat du tapis tunisien est en perte de vitesse. Même les artisanes qui demeurent fidèles à ce métier l’abandonnent deux mois par an durant la saison des olives pour travailler dans la récolte qui leur procure une rémunération plus importante.

Chaque année, il y a de moins en moins d’artisanes et le tapis traditionnel tunisien risque de quasiment disparaître d’ici une quinzaine d’années, ce qui sera un grand savoir-faire de perdu pour le pays. Où trouveront nous les traditionnels tapis de Kairouan, les mergoums, ou  même les kilims aux motifs propres à chaque région ?

Des enseignes comme Sajada tentent de faire perdurer cet artisanat en promouvant les tapis tunisiens dans la monde et en ouvrant de nouveaux marchés jusqu’alors inaccessibles aux fabricantes.

Aurélie Déjeant-Majeldi

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1 thought on “L’artisanat du tapis tunisien s’éteint à petit feu

  1. Imaginer ce qui arrive si on amène certaines de ses filles dans les pays de l’ouest. Elles ont appris des compétences qui seront très utiles. Je ne parle pas du fait qu’elles seront contrainte à travailler dans une entreprise en fabriquant les tapis, mais plutôt le fait qu’elles peuvent créer leurs propres entreprises, surtout à cause du fait que de plus en plus de gens veulent avoir des tapis faits exprès pour leurs escaliers.

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